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30 novembre 2006 4 30 /11 /novembre /2006 17:56

Par Patrick Le Hyaric, directeur de l’Humanité.


Il aura malheureusement fallu que la crise de plusieurs quotidiens nationaux soit révélée dans toute sa profondeur pour que s’engage enfin un débat sur la situation de la presse écrite, son rôle et son utilité dans la société.

Alors que le droit à l’information est partie intégrante des droits humains, il n’est laissé pour issue à la crise des journaux que la réduction drastique du nombre de salariés, la réduction de leur pagination, comme cela a malheureusement été le cas pour l’Humanité, le Monde, Libération et France Soir.

D’autre part, la réponse aux besoins financiers, c’est-à-dire les recapitalisations nécessaires, passe presque à chaque fois par le rachat de tout ou partie des journaux par des groupes industriels et financiers.

La réduction du nombre de salariés ou de la pagination conduit forcément à appauvrir le contenu des journaux, donc à moins bien satisfaire les lecteurs. Les recapitalisations successives poussent à la concentration de la presse et des médias au sein de quelques puissantes sociétés multimédias, elles-mêmes intégrées à de grands groupes dont les métiers premiers sont le bâtiment, l’armement, le luxe ou la finance. Dans le cadre de bouleversements technologiques accélérés, la presse écrite devient pour beaucoup d’entre eux une activité subsidiaire. Ils investissent désormais dans la presse gratuite, les télévisions, les télécommunications, l’Internet, jugés plus profitables pour capter les flux des recettes publicitaires. Cette recherche de profitabilité maximale à partir de l’information, de la culture, des loisirs pousse peu à peu à une marchandisation de ces biens communs, rabaissés à de simples moyens de développement d’industries. Or la conception industrielle et marchande de la presse et de l’information est incompatible avec celle de la citoyenneté et de la construction d’un monde commun.

C’est la diversité des analyses, des points de vue d’une presse pluraliste qui permet à chaque individu de se forger son opinion, de devenir pleinement citoyen, pleinement acteur de la société.

Le droit de disposer d’une information pluraliste, portée par une presse pluraliste, est un droit constitutionnel national, un acquis républicain. La charte européenne des droits fondamentaux le reconnaît également comme tel. La démocratie serait gravement amputée si les journaux indépendants étaient étouffés les uns après les autres.

Cet enjeu est plus que jamais à l’ordre du jour. Il est posé à l’ensemble de la société. Il est posé à l’État qui est constitutionnellement le garant du pluralisme de la presse et des opinions. Sous couvert de répondre aux demandes de la consommation, on nous demande d’abdiquer, de nous aligner sur des médias « fast info » évitant l’analyse, le débat, le décryptage de la société et du monde. Nous le refusons ! Nous refusons une presse de soumission dont le rôle serait d’assujettir le peuple aux diktats de la finance, comme aux diktats d’extrémismes et d’obscurantismes.

Nous considérons que les mouvements syndicaux, sociaux, associatifs, les forces de gauche dans leur diversité ont besoin d’un journal en communication avec eux, porteur de leurs idées et de leurs luttes : l’Humanité.

À l’opposé de ceux qui préparent le deuil de la presse écrite, nous considérons qu’un système d’information continue, bas de gamme et jetable, conduira de plus en plus nos concitoyens à se tourner vers des lieux, une presse de qualité, où ils trouveront des clés pour comprendre le monde afin d’en être les acteurs. Voilà ce qui fonde nos espoirs pour l’avenir. Cela nécessite d’urgence des actes forts pour valoriser, promotionner, aider la presse écrite d’information générale et politique.

Des dispositions nouvelles ont été prises par l’État ces dernières années pour aider les entreprises de presse.

Mais face à la gravité des problèmes et aux enjeux démocratiques posés à la société, l’État et la profession devraient se doter d’un projet totalement nouveau, conforme aux exigences de notre temps. Cela nous conduit à insister une nouvelle fois sur l’impérieuse nécessité de réunir des « assises » ou des « états généraux pour le pluralisme de la presse écrite », en y associant tous les acteurs concernés. Ces « assises » devraient déboucher sur une modernisation de la législation issue des ordonnances de la presse, pour les adapter au cadre nouveau résultant des progrès technologiques et de la pression que la loi de l’argent exerce sur l’information.

Et qu’on cesse ce petit terrorisme intellectuel culpabilisateur en agitant la somme de 850 millions d’euros que l’État affecte à la presse. Cet argent sert à soutenir l’impression, le portage, la diffusion. Cette somme n’a rien d’exagéré au regard du soutien de certains autres secteurs ! Elle est minime au regard de celle dépensée par certains groupes capitalistes pour acheter des titres. Qui peut évaluer raisonnablement le prix de la démocratie, de la création intellectuelle, du partage des savoirs auxquels participe la presse ?

 

Des dispositions concrètes, nouvelles peuvent être prises telles que :

* Des déductions fiscales pour les personnes physiques et morales qui participent aux souscriptions en faveur des journaux et des entreprises qui les publient. L’engagement de ces lectrices et de ces lecteurs est de même nature que celui de celles et ceux qui s’engagent dans des associations, des syndicats ou des partis politiques. Une telle disposition peut être votée par le Parlement dans le cadre de la loi de finances en débat actuellement. Si une nouvelle interprétation de la loi existante sur le mécénat est possible, faisons-le immédiatement. En plus des lecteurs de l’Humanité, cette proposition intéresse ceux de Libération, de Politis, du Monde, du Monde diplomatique.

* Un crédit d’impôt pour les personnes aux revenus modestes qui font l’effort de s’abonner à un journal pourrait également être décidé. Ceux qui vont l’acheter régulièrement chez les marchands de journaux devraient pouvoir bénéficier de la même mesure sur présentation d’une carte de fidélité élaborée en commun par les syndicats de diffuseurs, les Nouvelles Messageries de la presse et les éditeurs.

* Sur le modèle des mécanismes innovants qui ont permis en leur temps la relance du cinéma, une réforme structurelle devrait permettre un léger prélèvement sur une partie des recettes publicitaires qui se concentrent aujourd’hui sur les plus grands groupes de médias privés, pour les affecter aux quotidiens d’information générale et politique à faibles ressources publicitaires.

* Dans ce cadre, l’aide publique aux journaux à faibles ressources publicitaires devrait être doublée.

* Les principes coopératifs mis en place à la Libération pour la production et la distribution doivent être défendus et rénovés afin de répondre aux besoins de notre époque.

* Le soutien au réseau de distribution et de vente des journaux doit être renforcé, et la situation des marchands de journaux et des dépositaires de presse considérablement revalorisée. Leur rôle social et de service doit être mieux reconnu.

* De nouveaux dispositifs d’aide au portage pourraient être imaginés et financés par l’État, en coopération avec les Nouvelles Messageries de presse et les marchands de journaux.

* L’aide à la lecture de la presse par les jeunes doit être plus soutenue et développée. Plusieurs régions installent désormais des bouquets de titres dans les lycées. Mais toutes les régions devraient maintenant s’emparer de ces projets. Ces dispositifs devraient être élargis aux universités et à d’autres lieux publics. Au-delà de la semaine de la presse et des médias à l’école, l’étude de la presse dans les programmes scolaires permettrait d’en faire découvrir toute la richesse aux collégiens, aux lycéens et aux étudiants.

* De la même manière qu’existent des aides européennes pour le cinéma ou l’audiovisuel, il convient désormais de financer des projets européens visant à garantir le pluralisme de la presse.

* Tous les démocrates, les républicains sont concernés par ces enjeux. Une grande mobilisation est indispensable ! La presse écrite est nécessaire au débat démocratique. Elle a une mission d’intérêt public. Elle ne peut être condamnée à cette seule alternative : disparaître ou être rachetée par de grands groupes au détriment de son indépendance. Les « états généraux » pour le pluralisme sont plus que jamais à l’ordre du jour.



Pétition sur : http://www.humanite.presse.fr/petition/meta388463

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Published by Arnaud Mouillard - dans Divers
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commentaires

Eloa 04/12/2006 10:38

J'ai signé la pétition avec plaisir !! Depuis le temps que je defends cette idée !! au fait vous savez qu'on est passé à une autre étape ? maintenant ce sont les revues ou hebdomadaires qui passent en ligne !

andre 01/12/2006 10:07

Ils faudras bien que les journaux papier comprènent qu'avec internet, c'est normal de perdre de la clientele. De plus, un journal trop politicé (libé, etc...) limite le nombre de "client" par leur manque de neutralité.

Fredd 01/12/2006 10:07

Vu le niveau de politisation de la presse écrite, le pouvoir de manipulation de l'info (valable aussi et surtout pour l'info à la TV !), je préfère de loin m'adapter à l'évolution des choses et lire des articles d'actualité sur Internet. C'est gratuit et le plus souvent, c'est bien plus objectif que, au hasard, l'Huma, le Monde, Libé, etc... Ces journaux ne font rien d'autre que conforter un lectorat politiquement déjà acquis à leur bord en leur donnant à lire ce qu'ils veulent y lire.

A propos de l'auteur

Arnaud MOUILLARD

 

Educateur Spécialisé près de Rouen.

 

Ancien jeune correspondant au journal l'Humanité.

 

Blogueur membre du collectif de blogueur de gauche #LeftBlogs.

 

J'ai soutenu la Motion "A Gauche pour Gagner !" à l'occasion du dernier congrès du Parti socialiste.

 

Secrétaire de la section PS de Pavilly.

 

RDV sur mon nouveau Blog : http://arnaudmouillard.fr

 

contact : hern276@yahoo.fr