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22 septembre 2005 4 22 /09 /septembre /2005 23:00


J’ai découvert les Pixies fin 1997 lorsque j’ai acheté leur 1er best of : «Death to the Pixies» accompagné d’un live.

Quel claque après l’écoute de celui-ci, le son des Pixies était vraiment quelque chose qui m’a marqué à cet époque, comme l’avait été Nirvana auparavant et l’a été Jeff Buckley par la suite.

C’est un peu plus tard que j’ai appris que Franck Black (ex Black Francis des Pixies) été l’auteur de 2 chansons que j’avais adorés durant mon adolescence : «Headache» et «You Ain't Me» et que la bassiste Kim Deal était la chanteuse des Breeders et du génial «Cannoball».Ce groupe est et restera pour moi une référence, toute personne aimant le rock devrai posséder les albums des Pixes. Voici l’histoire des Pixies.

Charles Michael Kitridge Thompson IV et Joey Santiago se rencontrent en fac d'économie, à Armherst, en 1984. Les études les barbent. Comme tout le monde, ils passent leur temps à jouer de la guitare, écouter des vieux disques et fumer des joints. En seconde année, Charles Kitridge part à Porto Rico pour un voyage d'échange culturel, s'emmerde comme un rat mort, et le 7 Mai 1985, après avoir hésité à se casser en Nouvelle-Zélande voir la comète de Halley, décide de créer un groupe de rock'n'roll. Il se rend à Boston, retrouve Joey Santiago et le tanne pour qu'il laisse tomber la fac et monte le groupe avec lui en prétextant qu'il a manqué l'un des événements astrologiques principaux du siècle pour ça… Pour avoir la paix, Joey Santiago accepte. Ils chopent un petit boulot et égrènent les bars pour comprendre ce que « faire un groupe de rock » veut dire. Ils chronomètrent les concerts et cherchent un nom. A la Dada, Santiago ouvre un dictionnaire, et, comme par hasard, c'est sur Pixies qu'il tombe : les lutins que Coleridge avait célébré un siècle plus tôt dans une ode éblouissante. Charles Kitridge se fait appeler Black Francis et Joey Santiago et lui passent une petite annonce dans la presse : « Groupe cherche bassiste. Influences : Hüsker Dû et Peter, Paul & Mary. ». Une certaine madame Murphy se présente à eux, sans basse, et demande qu'on lui prête 50 bucks pour que sa sœur jumelle lui en expédie une de Dayton. Elle parle aussi d'un ingénieur en électricité qu'elle a rencontré à son mariage et qui a fait des percussions dans la fanfare de son école. Hop : voilà Kim Deal et David Lovering.

81 chansons plus tard, Black Francis téléphone à Joey Santiago pour lui annoncer que les Pixies sont morts et qu'il s'appelle maintenant Frank Black : «  Je n'ai pas réalisé tout de suite. Je suis retourné dans le jardin jouer au Base-Ball avec mon neveu. Je n'ai pris la nouvelle de plein fouet qu'un peu plus tard. C'était un peu paniquant. Je devais affronter le futur avec une soudaineté a laquelle je ne m'attendais plus. Mais le soulagement a été a la hauteur de la douleur que j'ai d'abord ressentie. L'atmosphère n'était plus très bonne, très sereine. Il fallait passer a autre chose.  » C'est fini.

C'est fini mais c'est comme ça que ça commence. A vrai dire, les Pixies ne sont jamais partis. Les spectres vifs de Francis (pardon, Frank !), Joey, Kim et David nous ont bien aidé à ne pas nous effondrer, nous autres qui avons quitté l'adolescence au moment même où ils mettaient le feu à leur art, laissant Kurt Cobain, lui, mettre le feu à son destin. Il y a eu une rémanence discontinue mais inlassable des Pixies depuis leur mort officielle. Les Pixies sont morts pour littéralement obséder tout le monde pendant plus de dix ans : de Nirvana (Cobain voulait d'abord faire un groupe qui ne jouerait que des reprises des Pixies) à Radiohead, totalement impensables sans eux. Sans parler de leurs ancêtres, décomposés bien naturellement par l'énergie inouïe, les fulgurances de flammèches fulminantes de ces quatre czars de la pop nerveuse : Bono qui leur demandera de venir jouer avec lui, Robert Smith d'habitude peu impressionnable, David Lynch qui n'a pas osé utiliser Ana dans Lost Highway et même et surtout David Bowie qui n'en peut plus jusqu'à aujourd'hui de se fendre d'hommages à ce « groupe qu'il aimait beaucoup » (on le comprend)… Le générique de fin de Fight Club (en 2000) de David Fincher, avec le superbe «Where is my mind ?», n'a été qu'une manière de signaler leur signature indélébile sur l'époque que nous avons expérimenté et expérimentons encore. Pour simplifier, on dira que l'esprit des Pixies aura surfé sur les années 90 comme celui des Beatles aura survolé les années 60, celui de Hendrix défié les années 70 et celui de AC/DC hanté les années 80. Les Pixies se seront auto-détruits dès 1991, mais leur souffle de liberté et de joie traversera tous les grands groupes des dix années suivantes. Et même les plus tristes. Et même les moins bons.

Les Pixies ont eu raison de ne pas prendre les hommages qu'on leur a rendus au sérieux, et de rejeter toutes les identifications comme les perches tendues. Ils ont surtout eu raison d'arrêter presque plus vite qu'ils n'ont commencé. Ils savaient que la seule chose qui comptait, c'était de tout dire, très vite, et de le balancer comme une fusée pour les siècles de siècles. Les Pixies ne sont pas sentimentaux. Ils détestent s'épancher. Ils ne sont pas naïfs : ils sont toujours beaucoup trop immatures pour ça. Les Pixies construisent des rengaines de teen-agers qui se prennent pour des petites filles et mangent des tacos comme si c'était de la manne. Black Francis a compris que ses origines religieuses - pentecôtistes - lui avaient probablement détruits la tête et qu'il fallait impérativement en faire quelque chose. Déjà, une chanson des Pixies est toujours plus courte que celle d'un autre groupe. Black Francis chante comme s'il venait de passer vingt-trois heures dans un train bondé. Les solos de guitare sont microscopiques. Joey Santiago doit aller droit au but, et plus vite que ça. En trois phrases, Black Francis sort de ses gonds et il faut bien la régularité métronomique parfaite de Kim Deal et de David Lovering pour que tout ne s'épuise en un seul hurlement d'extase… Un morceau doit être net et brutal, sautillant et dévastateur, joyeux (joyeux surtout) et modeste (très, très modeste - on est jamais trop modeste). L'étrangeté des paroles donne surtout l'impression automatique et enfantine (comme les comptines, qui s'établissent par oublis réguliers du sens et remplacement par ressemblances partielles) de quelqu'un qui a oublié les paroles de ses propres chansons au moment où ils les écrivait. Il faut insister sur l'aspect sonore de l'écriture des chansons des Pixies. « Le son des mots » est la matière de Black Francis. Presque intraduisibles sensiblement, les chansons des Pixies semblent être les retranscriptions homophoniques d'une autre chanson disparue. Black Francis désintègrent ses propres chansons jusqu'à obtenir un tissu narratif impersonnel, mythique, presque malade.

Aujourd'hui, où selon l'adage très probable, nous sommes tous américains, c'est-à-dire schizophrènes, nous devons comprendre avec les Pixies qu'il y a deux manières d'être américains : être des héros ou des freaks. Certains ont été ou sont les deux à la fois. D'autres, privés de leur jumeau à la naissance, ont été simultanément deux schizophrènes (Elvis Presley, Philip K. Dick). A travers les voix conjuguées de Black Francis (à l'avant) et Kim Deal (à l'arrière), les Pixies donnent l'impression d'un chanteur double-schizophrène poursuivi par le fantôme de sa sœur jumelle morte à sa naissance et qui aurait réussi à se réincarner dans une nouvelle jeune femme. C'est miraculeux que deux personnes qui semblent s'être si peu aimés (Black, Deal) aient produit ensemble un double-chant aussi profondément poétique. La voix de Kim Deal (une des plus belles de toute l'histoire de la musique populaire, troublante, aigre-douce, heureuse autant qu'un spectre peut l'être) donne tout à fait l'impression d’être adapté à l'univers du rock teen-ager. Même seule, en leader des Breeders avec notamment le tube « Cannoball » ou des Amps ou chantant en duo dans This Mortal Coil, elle continue à accompagner le frère qui l'a perdue. Elle ne parle jamais de sa propre initiative mais revient toujours pour répondre à quelqu'un. De même, Black Francis, seul, ou avec les Catholics, ne se remet pas d'avoir perdu la voix qui était revenue d'entre les morts pour lui répondre. Comme Orphée ou un personnage d'histoire extraordinaire d'Edgar Allan Poe, il l'a deux fois perdue (et c'est ce qui fait la si grande tristesse, l'impression d'esseulement insupportable des innombrables chansons - mêmes joyeuses - de Black Francis devenu Frank Black après les Pixies).

Si ils évoquent autant de figures légendaires simultanées, croisées et brouillées, c'est que les Pixies n'ont à proprement parler aucune histoire et défient toute interprétation possible - ou plus, encouragent à la manière des chansons des Beatles et des films de David Lynch (les deux pilonnes entre lesquels leur avion oscille - comme l'indique suffisamment leur effrayant Live at the B.B.C., pris en sandwich entre Wild Honey Pie et In Heaven) une interprétation infinie, singulière au possible, sans assignation possible. « Il y a tout de même eu les Beatles, à la base »… On connaît le parti pris anti-intellectualiste de Black Francis. Il recoupe cependant une idée complexe : la pop culture serait, non analytique et adéquate dans sa relation à la culture, mais synthétique et mutante. Black Francis s'avoue influencé par beaucoup de choses : Iggy Pop, Samuel Beckett, Jacques Tati, Captain Beefheart, Rainer Werner Fassbinder, les Ramones… Mais cette influence, à la différence dont les influences sont ingérées par un groupe auto-réflexif comme Sonic Youth, ne donne pas lieu à une analyse de ces référents, mais par une rencontre impulsive, une contamination burlesque et sérieuse. C'est une rencontre qui s'établit très rapidement avec des éléments culturels, mais qui ne donne pas lieu à une interprétation à volonté d'univocité. En gros, ils ingèrent. Les Pixies sont au rock ce que Charlie Parker est au jazz : aucune question, aucune réponse, juste une trombe dévastatrice, une douche froide et électrique, sur chaque sujet important : les extra-terrestres, les femmes fatales, les animaux, etc. Qui s'intéresse vraiment aux interviews des musiciens pop ? Il y a des choses merveilleuses dans les interviews des Pixies, dans n'importe quelle interview de n'importe quel ex-Pixies. Mais c'est souvent si merveilleux qu'on oublie que c'est aussi très intelligent : quand Black Francis dit par exemple qu'il est impossible de sortir un mauvais disque si l'on aime vraiment la musique (ce qui, par extension, en dit long sur l'amour de la musique de beaucoup de gens). Que le problème de la drogue dans le rock, c'est surtout d'arriver à en tirer un matériel de chanson qui ne soit pas un tissu de clichés. Enfin, surtout, cette remarque parfaite : « Je crois que si des gens disent de nous que nous sommes importants c'est simplement parce que nous ne sommes pas phénoménalement barbants  ».

Les Pixies avaient des corps très improbables : un obèse névrotique et comique qui hurle plus juste que quiconque, un guitariste chicano ringard et sobre, un batteur bien straight et une bassiste-grande-fillette, alcoolique et bagarreuse, avec un timbre à faire fondre les vautours comme du caramel au chocolat. Ils étaient tous outrageusement mal habillés. Et en cinq ans (1987-1992), c'est-à-dire quatre albums et une poignée d'inédits, ce quatuor intense aura simultanément donné naissance aux années 90 dans une grande vague mutilatrice et donné le fin mot de cette affaire en balançant leur monkey au plus profond du ciel… Le ridicule de l'esprit collège, la solitude peuplée d'extraterrestres et d'animaux, la schizophrénie comme couverture sociale, le psychédélisme théologico-politique, et le désert surtout, le grand désert qui s'étend sans cesse, tout ça c'est dans leurs chansons, leurs 81 chansons. Les Pixies sont des décharges ininterrompues d'enfance, violente et électrique. Un art de l'enfance : voilà ce que devrait toujours être la pop music. Car l'enfance n'est pas donnée à tout le monde : il faut, à chaque naissance, lui réinventer un corps adéquat. Les artistes inventent une enfance à leur public. Une nouvelle enfance à ajouter à sa collection, qui ne sera jamais assez grande, d'âges éprouvés simultanément, à tout âge, dans des corps aussi nombreux que possibles. Il est temps que les comptines saturées et les rengaines hurlées à la lune des Pixies reviennent dans nos oreilles plus violemment et plus joyeusement encore. Les Pixies ne sont pas les années 90 : ils sont beaucoup mieux. Puisqu'ils sont les Pixies.

Il ne faut jamais dire jamais : la route du punk-rock 90's est pavée des meilleures reformations. Franck Black s'était pourtant promis de ne plus faire tourner le lead band des années 90 et avait tenu mordicus durant onze ans. Après une pléthore d'albums solo, les Pixies reprennent du service au printemps 2004 : Franck Black et Kim Deal l'ont annoncé d'un commun accord, en se gardant de cacher la motivation essentielle de ce come back : le besoin de cash, après la période de vaches maigres de leurs derniers projets solo. Outre la sortie d'un DVD et d'un album de maquettes réalisées avant la naissance des Pixies, plusieurs dates live ont eu lieu en 2004 et 2005.

Mon TOP 10 des PIXIES :
 
Caribou
Debaser
Dig for fire
Gigantic
Here comes your man
Monkey gone to heven
Planete of sound
Tame
U-Mass
Where is my mind ?

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Published by Arnaud Mouillard - dans Musique
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commentaires

MickHo 06/11/2005 23:18

Si je ne devais choisir qu'une chanson : Is she weird... ;)

Ma mère habite Le Trait !! Si j'ai tout compris on est quasiment voisins ^_^

Et puis le forum de Mr Lab, je n'y suis pas passé depuis... 6 mois ? Peut-être plus... ;)

Bonne journée !!

A propos de l'auteur

Arnaud MOUILLARD

 

Educateur Spécialisé près de Rouen.

 

Ancien jeune correspondant au journal l'Humanité.

 

Blogueur membre du collectif de blogueur de gauche #LeftBlogs.

 

J'ai soutenu la Motion "A Gauche pour Gagner !" à l'occasion du dernier congrès du Parti socialiste.

 

Secrétaire de la section PS de Pavilly.

 

RDV sur mon nouveau Blog : http://arnaudmouillard.fr

 

contact : hern276@yahoo.fr