Arnaud MOUILLARD, Educateur spécialisé. Blogueur membre des #LeftBlogs
Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a ouvertement appelé hier à ce que l'Etat d'Israël soit "rayer de la carte", s'attirant ainsi une réprobation occidentale immédiate et renforçant les USA et Israël dans leur conviction que l'Iran veut la bombe atomique.
La communauté internationale continuait à se demander hier ce qui avait poussé le nouveau président iranien à lancer de telles menaces au moment où son pays n'a jamais été autant menacé de se retrouver devant le Conseil de sécurité. Ses déclarations risquent non seulement d'apporter de l'eau au moulin des pays qui, Etats-Unis et Israël en tête, veulent voir Téhéran condamné au plus vite pour ses activités nucléaires mais aussi de provoquer une grave crise internationale où le régime islamique a beaucoup à perdre. Elles ont même dû irriter une large partie des dirigeants du monde arabo-musulman, qui n'ont sans doute guère aimé se voir promis à brûler «dans les flammes de la colère de leur propre peuple», une évidente allusion à l'assassinat de Sadate et du roi Abdallah de Jordanie. Pourtant, le régime iranien ne se cache pas de vouloir éviter une telle saisine du Conseil de sécurité, qui pourrait être décidée d'ici moins d'un mois lors d'une réunion cruciale de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et se traduire, s'il y a condamnation, par de lourdes sanctions économiques.
Hier, les réprobations se sont succédé. Kofi Annan a exprimé sa consternation. L'Iran va être perçu comme une «véritable menace» pour la sécurité, a renchéri Tony Blair. Jacques Chirac, lui, a jugé «tout à fait insensées et irresponsables» les déclarations du président iranien, ajoutant qu'elles faisaient «courir à son pays le risque d'être mis au ban des nations». Le ministère iranien des Affaires étrangères n'a pourtant montré aucun signe de repentir. L'Iran s'est contenté d'expliquer que son président n'avait fait que constater que le sionisme (et non pas l'Etat d'Israël, cette fois pas mentionné) était «condamné à l'anéantissement», indique un communiqué de l'ambassade iranienne à Paris.
D'ores et déjà, Ahmadinejad a connu un revers lorsqu'il a dû renoncer à sa politique de subvention du prix des carburants, qui était l'un de ses arguments de campagne électorale. On lui reproche également la fuite massive de capitaux depuis son accession à la présidence et l'état de stagflation que connaît actuellement l'Iran alors que les revenus pétroliers ont plus que triplé d'une année sur l'autre. Sur le nucléaire, il semble aussi avoir perdu la main. Un député appartenant à la même faction a demandé que ce dossier lui soit retiré. Aussi l'appel à l'anéantissement d'Israël risque-t-il d'être jugé sévèrement par les autres instances du pouvoir qui ont semblé surprises par l'ampleur des réactions. Mais, au nom de la solidarité que le régime affiche depuis toujours face à l'extérieur, ces détracteurs pourraient ne pas apporter de l'eau au moulin de la communauté internationale.