Arnaud MOUILLARD, Educateur spécialisé. Blogueur membre des #LeftBlogs
Il aura fallu attendre la fin du mandat de Dominique Baudis à la tête du CSA pour connaître le nom de son successeur comme de ceux qui succéderont aux conseillers Philippe Levrier et Francis Beck.
Jacques Chirac a ainsi nommé Michel Boyon, ancien patron de Réseau ferré de France, président du gendarme du PAF, tandis que Christian Poncelet, le président du Sénat, avait placé son ancien chef de cabinet Alain Méar.
La surprise est venue du côté du Palais Bourbon. Si Jean-Louis Debré a nommé Rachid Arhab, ancien présentateur du JT de France 2 et animateur de l’émission J’ai rendez-vous avec vous, qui remplacera Francis Beck, dernier conseiller à avoir été nommé par la gauche. Sa nomination ne saurait faire oublier - même si Dominique Baudis, lors de la présentation de ses voeux, a défendu l’indépendance de l’institution - qu’à quelques semaines du premier tour de l’élection présidentielle la Chiraquie a voulu placer les siens.
Ainsi, si l’on met souvent en avant le fait que Michel Boyon est un fin connaisseur de l’audiovisuel pour avoir chapeauté la Maison ronde au milieu des années 1990 et livré un rapport sur la TNT, ce serait oublier qu’il a été chef de cabinet de Raffarin. Et surtout artisan, lorsqu’il travaillait auprès de François Léotard alors à la Culture, de la privatisation en 1986 de TF1.
Alors que Dominique Baudis peut s’enorgueillir du lancement de la TNT, les chantiers qui attendent le gendarme du PAF sont nombreux et urgents. En effet, se discute en ce moment le projet de loi sur la télévision du futur. Par ailleurs, alors que le CSA a livré au début du mois ses premières remontrances quant à la « bipolarisation excessive » constatée sur l’ensemble des médias à propos de la couverture de la campagne présidentielle, il lui faudra faire montre de fermeté pour que soit respectée cette règle plutôt floue qu’est l’équité, en attendant la stricte égalité à partir du 20 mars.
Les critiques sont légion à l’égard d’une institution que beaucoup considèrent comme mal née. Ainsi pour le député PS, Didier Mathus, il est « incroyable que l’autorité chargée de veiller à la diversité et au pluralisme ne peut se prévaloir de ces qualités ». Il a d’ailleurs déposé un projet de loi pour que « la majorité et l’opposition nomment chacun trois conseillers et que le président de la République désigne son président » tandis que le PCF milite pour la transformation du CSA en « Conseil supérieur des médias » associant professionnels et citoyens.
Interview de Rachid Arhab dans l'Humanité :
Sébastien Homer : Qu’est-ce qui vous a fait accepter ?
Rachid Arhab. On ne renonce pas facilement à son métier, à la relation quasi sentimentale que j’avais avec l’antenne et avec les téléspectateurs. Mais, depuis quelque temps, je me posais des questions sur mon rôle au sein de l’audiovisuel public. J’y ai occupé un certain nombre de places et, depuis peu, j’ai l’impression d’être sur un strapontin. Je me suis donc demandé comment agir autrement pour mon métier. Car, quand on est journaliste, on fait un boulot bizarre. C’est un des rares métiers où l’on « s’auto-régule » soi-mêmes, où tout est possible au risque de dérives. Où les évolutions technologiques font parfois oublier le fond. Au final, on appartient à une des rares professions où l’on ne réfléchit pas entre nous. C’est pourquoi j’ai accepté de faire partie de l’institution chargée de réguler l’audiovisuel, pensant que je pourrais y prendre le recul nécessaire afin de réfléchir avec des gens qui ne sont pas forcément journalistes. Tout en étant dans une position où, désormais, ma voix peut porter. Parce que, ce qui m’ennuie, c’est que, dans ce métier, c’est celui qui parle le plus fort qui a raison. Voilà pourquoi j’ai accepté, d’autant que j’ai un oeil critique sur la télé.
SH : N’avez-vous pas peur d’être une caution ?
Rachid Arhab. J’ai toujours refusé d’être l’Arabe de service, et je pense encore pouvoir me regarder dans la glace. Si, il y a trente ans, je m’étais demandé si j’avais la moindre chance de faire de la télé en m’appelant Rachid Arhab, j’aurais renoncé. Allons plus loin : si je n’avais pas été nommé, cela aurait été de la discrimination négative et si je le suis, ce serait de la discrimination positive ? C’est absurde. Le CSA est une institution qui se doit d’être impartiale et je ne compte pas être un alibi.
SH : Pensez-vous pouvoir agir au sein d’une institution trop souvent impuissante ?
Rachid Arhab. Laissez-moi le temps d’examiner des dossiers que je connais pour l’instant de l’intérieur.
Entretien réalisé par Sébastien Homer