Arnaud MOUILLARD, Educateur spécialisé. Blogueur membre des #LeftBlogs
Le 20 février dernier, pour la première fois depuis le lancement, en août 2005, par le gouvernement, du contrat nouvelles embauches (CNE) pour les entreprises comptant jusqu'à 20 salariés. Un conseil de prud'hommes a condamné deux entreprises pour licenciement abusif.
Dans le cas présent, la première entreprise avait rompu le CDI du salarié concerné le 6 août 2005 à l'issue de sa période d'essai, et l’autre entreprise (qui possède la même direction et la même activité) l'avait immédiatement repris en CNE pour finalement le licencier le 30 août.
Dans son jugement, le Conseil des Prud'hommes estime notamment que le CNE est destiné à "favoriser de nouvelles embauches" et "ne peut être utilisé dans le seul but de précariser la situation d'un salarié et d'éluder le droit du licenciement".
Or, le Conseil juge que la deuxième entreprise "intimement liée à la première", "connaissait exactement les qualités professionnelles du salarié", et qu'en conséquence l'embaucher en CNE pour le remercier moins d'un mois plus tard "induit une précarisation de la situation du salarié qui n'est en aucun cas justifiée par l'intérêt de l'employeur".
Il y a donc pour les conseillers prud'homaux une "rupture de période d'essai abusive" et "une rupture de période de consolidation abusive". Ainsi, la première entreprise a été condamnée pour rupture abusive de la période d'essai du CDI. Les deux entreprises ont été condamnées à verser chacune 8.220 euros au salarié.
"Le juge a mis en évidence le détournement d'utilisation du CNE et le caractère abusif de la rupture" se félicite la CGT. Mais pour la confédération, "c'est le principe même du CNE qui est porteur de telles dérives: en supprimant les garanties entourant le licenciement, il favorise tous les comportements patronaux arbitraires".
Au cabinet de Jean-Louis Borloo, le ministre de l'emploi, on veut voir dans cette affaire la confirmation que "ce nouveau contrat est bien soumis au droit et qu'il est sain qu'il puisse y avoir contestation devant les prud'hommes pour rupture abusive". On tente surtout de dédramatiser : "Il y a eu détournement du CNE par l'employeur, mais ces patrons-voyous ne sont pas majoritaires. Si 1 % des centaines de milliers de CNE signés sont abusifs, cela sera infime mais fera quand même plusieurs milliers d'affaires".
Reste que ce jugement n'est certainement que le premier d'une série qui risque d'être longue.